SITE DE SIMON PERRIER


 PHILOSOPHIE – ENSEIGNEMENT - ÉDUCATION – ÉCOLE - Éléments divers et variés. ABÉCÉDAIRE.


« Nous ne pouvons jamais attendre pour agir que nous ayons la compréhension absolument certaine de toute la situation. Nous allons seulement par le chemin dans lequel nous conduit la vraisemblance. Tout devoir (officium) doit aller par ce chemin : c’est comme cela que nous semons, que nous naviguons, que nous faisons la guerre, que nous nous marions, que nous avons des enfants. En tout cela, le résultat est incertain, mais nous nous décidons néanmoins à entreprendre les actions au sujet desquelles, nous le croyons, on peut fonder quelque espoir… Nous allons là où de bonnes raisons, et non la vérité assurée, nous entraînent. »

Sénèque, Des bienfaits, IV, 33, 2., trad. P. Hadot.


Illustration ci-contre R. Antral - Ed. Ferenczi & fils, 1936.


R. Antral Commandement - Grasset


“ Je m’étais assis dans le fauteuil du haut bout de la table - le siège du capitaine, au dessus duquel était suspendu un petit compas répétiteur - rappel muet d’une vigilance incessante.

Une longue suite d’hommes s’étaient assis dans ce fauteuil. Je pris soudain conscience de cette pensée, très nettement, comme si chacun avait laissé un peu de lui-même entre ces quatre cloisons ornementées ; comme si une sorte d’âme composite, l’âme du commandement, avait soudain parlé à la mienne, tout bas, de longs jours de mer et de moments anxieux.

“Toi aussi ! semblait-elle dire, toi aussi tu goûteras à cette paix et à cette inquiétude dans une intimité attentive avec toi-même - obscur comme nous le fûmes, et tout aussi souverain face à tous les vents et à toutes les mers, dans une immensité qui n’accepte aucune empreinte, ne conserve aucun souvenir, et ne tient pas le compte des vies.”

J. Conrad, La Ligne d’ombre.


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« Une considération surtout qu’il ne faut point perdre de vue, c’est que si l’on bannit l’homme ou l’être pensant et contemplateur de dessus la surface de la terre, ce spectacle pathétique et sublime de la nature n’est plus qu’une scène triste et muette. L’univers se tait : le silence et la nuit s’en emparent. Tout se change en une vaste solitude où les phénomènes inobservés se passent d’une manière obscure et sourde. C’est la présence de l’homme qui rend l’existence des êtres intéressante. » Diderot, Encyclopédie.


« L'énigme de la philosophie est que quelquefois la vie est la même devant soi, devant les autres et devant le vrai. Ces moments-là sont ceux qui la justifient. Le philosophe ne table que sur eux. Il n'acceptera jamais de se vouloir contre les hommes, ni les hommes contre soi, ou contre le vrai, ni le vrai contre eux. »

Maurice Merleau-Ponty, Éloge de la philosophie.





ACTUALITÉS






Lundi 25 avril

PUBLICATION

Ci-dessous le dernier n° du Philosophoire, Science et politique.

N° 57, disponible en version papier en librairie et en particulier à la librairie de l'éditeur Vrin ou, en version électronique,  par Cairn (https://www.cairn.info/revue-le-philosophoire.htm) et Scopalto (https://www.scopalto.com/magazine/philosophoire)

Pour ma part, article :

Les Gestionnaires de l'humain

Il s'intéresse aux sciences comportementales et à l'approche comportementale, la nature de leur démarche, leur collaboration avec bien des pouvoirs. Leur empire est immense, de l’animal à l’homme en passant par la collecte des impôts, la conception d’une signalétique, la dépendance au tabac, la violence des jeunes, l’éducation, la gestion de crise ou l’organisation du travail, etc. L’efficacité y est la mesure de toute chose. L’intention est de rationaliser : gestion exemplaire, parfaits fonctionnements, bien-être de l’adaptation. Une psychologie de l’humanité, armée de leviers, biaisant, agira sur les comportements.
Réduit à des comportements, infantilisé, c’est l’humain qu’on abaisse. Des sciences, tout pouvoir tendra à aimer les moyens qu’elles lui offrent. Dans l’organisation du travail, bien-être et autonomie servent surtout la rentabilité. La flexibilité fait croire à l'autonomie mais elle exige un zèle millimétré, l’optimisation incessante de la ressource humaine. En politique, l’approche comportementale sert une méfiance élitaire de la démocratie, un paternalisme gestionnaire.

MOTS CLÉS : Approche comportementale - management - comportement - conditionnement - éducation du vivant - conditionnement - travail - organisation du travail - rentabilité - ressources humaines - bien-être - flexibilité - hiérarchies - nudge - psychologie - démocratie - paternalisme - experts - liberté - 

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14 avril 2022

Tribune 

Peut-on laisser les autres voter pour soi ? De la décision de s'abstenir et des motifs qu'elle se donne.

Voir archives, onglet *Contact*




Jeudi 31 mars

Article très intéressant du Café pédagogique (lien): Macron règle leur compte aux enseignants et commentaire ci-dessous (modifié)


À lire cet article, comme on a pu lire les propos du président, on se délectera du plaisir que prend ce dernier à être celui qui promet d'achever le projet ancien, et déjà bien entamé, de concevoir l'école sur le modèle de l'entreprise et du monde anglo-américain. Il y aurait beaucoup à dire. En réduisant à l'extrême, cela donne d’abord une école de masse pour la “socialisation”, entendons l'adaptation, c’est-à-dire principalement quelques savoirs qui seront comme des utilitaires et quelques activités pour l'épanouissement. Ensuite, si ce n’est pas immédiatement le travail salarié, des études supérieures à deux vitesses, dont quelques études d'élite, hypersélectives et loin de l'être en toute justice. On remplacera directeurs, principaux et proviseurs par des managers. En même temps, prévoit notre président, il s'agira de remettre la France des professeurs au travail, sans doute pour en finir avec l'esprit de jouissance qui, de toute évidence, les caractérise aujourd'hui.

Qu'on ne se désole pas d'avoir attendu si longtemps de telles actions. Par bonheur, nous avons ouï-dire que, sur ce dernier point, cela pourrait ne pas s'arrêter là, pour tous. Bien plus que l'âge de la retraite repoussé, dans un deuxième temps il ne serait plus possible de la prendre que sur la foi de certificats médicaux délivrés par des médecins reconnus par le M.E.N, certificats attestant d'une incapacité et garantissant une mort "prochaine". Par humanité, c'est une commission de sénateurs qui aura à décider ce qu'il faut entendre par "prochaine", cela dans l'intérêt de tous. Ainsi, heureusement occupé jusqu’au bout par son métier, chacun pourrait mourir insensiblement, sans y penser, vite fait, sans perdre son temps à voir la mort venir et laisser vagabonder ses pensées.

Mais il reste que l'ingratitude des professeurs, et pas seulement d'eux, est bien connue. En eux les passions tristes l'emportent, typiques des déclassés, des aigris. Elles ne leur permettront pas de reconnaître qu'avec le métier, du matin au soir, et pour toutes les catégories sociales, à tous les niveaux, le "travail" ainsi devenu toute la vie, on leur offre le meilleur des divertissements pour oublier la mort. On devrait se féliciter de la bienveillance de nos gouvernants limitant ainsi le plus possible l'oisiveté comme le loisir et rendant la plus brève possible notre vieillesse en Ehpad.

Quant à moi, il me faut faire le triste bilan de ma vie. J'étais professeur, donc je suis maintenant un parasite coûteux. J'étais professeur donc je n'ai pas fichu grand-chose. J'aurais dû être un employé — un agent public —  jugé à sa productivité, en producteur d'un matériel nommé « futures ressources humaines », plutôt que de me donner le titre pédant de professeur. Bref, que n'ai-je connu McKinsey, j'aurais mieux su gérer ma vie et ma profession. Je n’ai qu’une maigre excuse, je ne savais pas que c’est remboursé par la Sécurité sociale, voire qu'ils font cela gratuitement. 

Simon Perrier

P.-S. : on m’objectera que l’équipe de campagne du candidat a depuis arrondi les angles. On voudra bien m’excuser (encore) de n’en tenir aucun compte, non seulement parce que son but c’est la bonne com, mais davantage parce que diminuer l’impact d’une telle foi en un tel projet, apogée tardif de si nombreux lieux communs d’une époque, est presque sacrilège.

[merci à Blaise Pascal]



Dimanche 20 mars

Un très instructif article du Monde à propos d'une certaine naïveté ouest-européenne à l'égard du régime russe et de son maître : 

Guerre en Ukraine : face à Poutine, un déni européen



Hugo Ville morte 74

Jeudi 17 mars

Locke vs Poutine

" Il n'y a personne qui demeurera d'accord qu'un agresseur, qui se met dans l'état de guerre avec un autre, et envahit ses droits, puisse jamais, par une injuste guerre, avoir droit sur ce qu'il aura conquis. Peut-on soutenir, avec raison, que des voleurs et des pirates aient droit de domination sur tout ce dont ils peuvent se rendre maîtres, ou sur ce qu'on aura été contraint de leur accorder par des promesses que la violence aura extorquées. Si un voleur enfonce la porte de ma maison, et que, le poignard à la main, il me contraigne de lui faire, par écrit, donation de mes biens, y aura-t-il droit pour cela ? Un injuste conquérant, qui me soumet à lui par la force et par son épée, n'en a pas davantage. L'injure est la même, le crime est égal, soit qu'il soit commis par un homme qui porte une couronne, ou par un homme de néant. La qualité de celui qui fait tort, ou le nombre de ceux qui le suivent, ne change point le tort et l'offense, ou s'il le change, ce n'est que pour l'aggra­ver. " (J. Locke,Traité du gouvernement civil, 1690)

(Dessin de Victor Hugo, intitulé *La Ville morte*)





Dimanche 6 mars

Discours de la servitude volontaire

Une image, ci-contre, des responsables les plus proches de Vlad. Poutine, des puissants (chefs de l’armée, du renseignement, divers conseillers), accompagnée d'extraits (ci-dessous) du Discours de la servitude volontaire de La Boétie (1530-1563), à propos du rapport des tyrans à ceux qui les secondent.

(L’image est empruntée au 20h de France 2 le 04/03/22.)

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« Les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille [cède], plus on les sert, de tant plus[d’autant plus] ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout » […]

« Ce sont toujours quatre ou cinq qui maintiennent le tyran, quatre ou cinq qui tiennent tout le pays en servage. Toujours il a été que cinq ou six ont eu l’oreille du tyran et s’y sont approchés. Ainsi le tyran asservit les sujets les uns par le moyen des autres, et est gardé par ceux desquels, s'ils valaient rien[s’ils valaient quelque chose], il se devrait garder[protéger][…]. Voyant ces gens-là, qui nacquetent[servent - chérissent] le tyran pour faire leurs besognes de sa tyrannie et de la servitude du peuple, il me prend souvent ébahissement de leur méchanceté, et quelquefois pitié de leur sottise : car, à dire vrai, qu'est-ce autre chose de s'approcher du tyran que se tirer plus arrière de sa liberté[perdre en liberté], et par manière de dire serrer à deux mains et embrasser la servitude ? […]

Le tyran voit les autres qui sont près de lui, coquinant et mendiant sa faveur : il ne faut pas seulement qu'ils fassent ce qu'il dit, mais qu'ils pensent ce qu'il veut, et souvent, pour lui[le] satisfaire, qu'ils préviennent [anticipent] encore ses pensées. […] Il faut encore lui complaire ; il faut qu'ils se rompent, qu'ils se tour­mentent, qu'ils se tuent à travailler en ses affaires et puis qu'ils se plaisent de son plaisir, qu'ils laissent[abandonnent] leur goût pour le sien, qu'ils forcent leur com­plexion, qu'ils dépouillent leur naturel ; il faut qu'ils […] prennent gardeà ses paroles, à sa voix, à ses signes et à ses yeux […] pour épier ses volontés et pour découvrir ses pensées. Cela est-ce vivre heureusement ? cela s'appelle-t-il vivre ? […]

Entre les méchants, quand ils s’assemblent, c’est un complot, non pas une compagnie ; ils ne s’entraiment pas, mais ils s’entrecraignent ; ils ne sont pas amis, mais ils sont complices. […] Être nuit et jour [à] songer de plaire à un, et néanmoins se craindre de lui […] ; avoir toujours l’œil au guet, l’oreille aux écoutes, pour épier d’où viendra le coup, pour découvrir les embûches, pour sentir la ruine de ses compagnons pour aviser qui le trahit, rire à chacun et néanmoins se craindre de tous ; n’avoir aucun ni ennemi ouvert ni ami assuré ; ayant toujours le visage riant et le cœur transi, ne pouvoir être joyeux, et n’oser être triste ! »

 La Boétie, Discours de la servitude volontaire.




Vendredi 04 mars 2022

Holodomor - Ukraine

Un court rappel, ci-dessous, tiré d'un dossier sur les famines dues au pillage de l’Ukraine (et ailleurs) autour de 1931-1933 - L'Histoire 12-2013 n°394

Voir l'article entier de Nicolas Werth : https://www.lhistoire.fr/comment-staline-décida-da...

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Dimanche 27 février 2022

Mort de Marcel Conche, philosophe.


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Samedi 26 février 2022

LA RÉSISTANCE DES UKRAINIENS ET TOLSTOÏ

Il ne s’agit pas de prévoir la victoire, ou non, du peuple Ukrainien. Quelle que soit sa bravoure, il y a des limites à ce que peut un peuple. Mais sa résistance, l'état d’esprit qu'elle exige, est déjà en elle-même une victoire, et le restera, quoi qu’il advienne. C'est Tolstoï qui peut le faire comprendre. Dans la guerre, la victoire n'est pas réductible à la mécanique d’un jeu préétabli de forces, selon une stratégie. L’addition des forces et le calcul de leur effet ne suffisent pas.

« – La guerre ne ressemble-t-elle pas, dit-on, à une partie d’échecs ?

– Avec cette petite différence, reprit le prince André, qu’aux échecs rien ne te presse, et que tu prends ton temps, tout à l’aise… Et puis, le cavalier n’est-il pas toujours plus fort que le pion, et deux pions plus forts qu’un, tandis qu’à la guerre un bataillon est parfois plus fort qu’une division, et parfois plus faible qu’une compagnie ? Le rapport des forces de deux armées, lui, reste toujours inconnu. […] Le succès ne saurait être et n’a jamais été la conséquence, ni de la position, ni des armes, ni du nombre !

– De quoi donc alors ? fit Pierre.

– Du sentiment qui est en moi, qui est en lui, – et il montra Timokhine, – qui est dans chaque soldat. » […]

« La bataille est toujours gagnée par celui qui est fermement décidé à la gagner. Pourquoi avons-nous perdu celle d’Austerlitz ? Nos pertes égalaient celles des Français, mais nous avons cru trop tôt à notre défaite, et nous y avons cru parce que nous ne tenions pas à nous battre là-bas, et que nous avions envie de quitter le champ de bataille. […] Tu m’assures que notre flanc gauche est faible, et que le flanc droit est trop étendu ? C’est absurde, car cela n’a aucune importance […]

– Voilà qui est la vérité, Excellence, la vraie vérité, murmura Timokhine, il n’y a pas à se ménager !… Croiriez-vous que les soldats de mon bataillon n’ont pas bu d’eau-de-vie… ? » « Ce n’est pas un jour pour cela, » disent-ils. Il se fit un silence. […]

– Ainsi donc, vous croyez que nous gagnerons la bataille ?

– Oui, répondit d’un air distrait le prince André. […]

– Oui, oui ; s’écria Pierre, dont les yeux étincelaient, je suis tout à fait de votre avis ! »

La question qui le troublait depuis la descente de Mojaïsk venait en effet de trouver sa solution claire et nette. Il comprit le sens et l’importance de la guerre, et de la bataille qui allait se livrer ; tout ce qu’il avait vu dans la journée, l’expression grave et recueillie répandue sur les visages des soldats, cette chaleur patriotique latente, comme on dit en terme de physique, qui perçait chez chacun d’eux, lui furent expliquées, et il ne s’étonna plus du calme, de l’insouciance même avec lesquels on se préparait à mourir. »

Tolstoï, Guerre et Paix, 1869.

Ce que Tolstoï met ici en scène se passe à la veille de la bataille de Borodino (ou de la Moskova), en 1812, mais vaut pour tous les peuples, quand ils se battent pour eux-mêmes, leur liberté. Les Athéniens, vainqueurs de la Perse à Marathon (-490)* ne comprenaient pas autrement leur victoire sur le Grand Roi et son abondante armée. La détermination est grande en chaque soldat, en chaque citoyen,  quand il ou elle ne combat pas comme un pion que le stratège utilise. Ce que Tolstoï nomme, dans le même texte, la « barbarie française », c’est celle aujourd’hui du gouvernement de la Russie et de l'obéissance à son maître.  La Russie de Poutine a oublié Tolstoï, comme elle est en train de perdre son âme.   S.P.

* Voir l'onglet *guerre*, un passage de La Boétie.

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25 février 2022

Éditorial de Laurent Marchand - Ouest-France


Guerre en Ukraine : Poutine ou « la folie d'un despote »

« Nous nous devons donc d'être totalement solidaires avec les Ukrainiens, alors qu'une crise humanitaire s'annonce à nos portes ». Par Laurent Marchand, rédacteur en chef délégué, en charge de l'international à Ouest-France.

Vladimir Poutine (ici, le jeudi 24 février 2022), veut écraser l'Ukraine et les Ukrainiens sous le joug d'un système autoritaire comparable, en tous points, aux pires régimes du XXe siècle. | VIA REUTERS

Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un dictateur a décidé d'envahir un autre pavs sur le continent européen. Sans autre raison que sa folie impériale. Malgré les alertes nombreuses que les services de renseignement britanniques et américains lançaient ces dernières semaines, beaucoup, par légèreté, par inconscience ou par intérêt, refusaient de le croire possible. C'est pourtant chose faite, depuis hier matin. Poutine veut écraser l'Ukraine et les Ukrainiens sous le joug d'un système autoritaire comparable, en tous points, aux pires régimes du XXe siècle.

La guerre revient sur le continent, et change tout. La brutalité du président russe ne doit surprendre personne.

Il fallait une certaine dose d'inconscience, de mauvaise foi, ou des intérêts obscurs, pour ne pas voir le danger que Poutine représentait depuis huit ans. Crimes de guerre en Syrie, annexion de la Crimée, guerres hybrides dans le Donbass. Cyberattaques et déstabilisation des processus électoraux à Londres, Washington et Paris. Guerres sales en Libye, en Centrafrique, au Mali.

Défendre ou justifier Poutine, comme certains candidats à la présidentielle ont pu le faire jusqu'à avant-hier, c'était nier tout cela. Aujourd'hui, le masque est tombé. Et avec lui, l'illusion d'une paix acquise pour toujours dans laquelle les Européens, un peu comme l'Empire austro-hongrois avant l'été 1914, ont voulu se bercer. En Pologne, dans les Pays Baltes, en Roumanie, on mesure pleinement, depuis hier, combien le choix d'intégrer rapidement l'Europe et l'Otan était un choix vital, et visionnaire. Poutine vient peut-être de ressusciter l'Otan et de donner tout son sens à l'élargissement de l'UE.


Solidarité avec les Ukrainiens

Ne nous y trompons pas. L'invasion de l'Ukraine marque un changement irréversible du cours de l'Histoire. Poutine n'attaque pas seulement l'Ukraine pour ses ressources, sa place dans la propagande impériale qu'il propose, son revanchisme d'ancien petit gradé du KGB. Il attaque aussi un modèle, celui de la démocratie. Les Ukrainiens veulent être libres. Ils veulent adhérer à l'Otan et à l'Union européenne. Ils ont pris hier leur voiture, et c'est vers l'ouest qu'ils regardent. Pas vers Moscou. C'est le démenti le plus cinglant aux fables que raconte Poutine sur l'unité des peuples russe et ukrainien. Aucune vie meilleure ne se profile en dictature.

C'est aussi pour cette raison que nous sommes tous concernés par ce qui se passe à deux mille km de Paris. Les manifestations pacifistes, durement réprimées hier en Russie, nous disent combien le peuple russe lui-même est effrayé par ce choc. L'invasion brutale de l'Ukraine nous dit que la «bête immonde» rôde encore, pour reprendre l'expression de Brecht, et que rien n'est acquis définitivement. Ni la paix, ni la liberté, ni la démocratie. Kiev, Lviv, sont des villes européennes, au même titre que Cracovie, Vilnius ou Budapest. Elles sont aujourd'hui sous les bombes d'un tyran en fin de course, et pour cela, très dangereux.

Nous nous devons donc d'être totalement solidaires avec les Ukrainiens, alors qu'une crise humanitaire s'annonce à nos portes. Nous devons aussi nous interroger sur ce que nous ferons si Poutine attaque un pays membre de l'Otan, en Europe orientale. Faire bloc face à Poutine, et aux poutinistes, est désormais plus qu'un projet, c'est une question existentielle pour les Européens.



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15 janvier 2022

Carine Karachi, neurochirurgienne : « À l'origine de ma vocation, il y a un choc esthétique », propos recueillis par Olivier Pascal-Moussellard pour Télérama 3743 6/10/21

À lire, tout l’entretien, mais particulièrement ce qui suit, plus que jamais d’actualité (et pas seulement pour le service qui est le sien), à la mesure du nombre de patients qui n’ont pas voulu être vaccinés alors qu’ils le pouvaient.

« Je trouve que l’hôpital a été exemplaire dans la prise en charge des patients. On a vu sa capacité à s’adapter, à faire sortir de terre des lits de réanimation qui n’existaient pas ; les médecins ont expliqué comment il fallait organiser les soins, les administratifs ont suivi, ça s’est bien passé et on a limité les dégâts pour les patients atteints du Covid.

Mais les dégâts collatéraux pour nos propres patients ont été immenses : ces malades n’ont plus eu accès à nous, ni nous à eux, et cela restera une grande souffrance. On a bien essayé de lutter au début, mais on a vite compris que cela ne servirait à rien, et que certains allaient mourir, faute de pouvoir être opérés. Tellement d’autres, c’est vrai, mourraient aussi du Covid… Pendant des mois, nous avons pratiqué une médecine de guerre comme je n’en avais encore jamais connu dans ma vie de médecin, et ma conclusion, forcément provisoire, est que la situation a été gérée au mieux, dans des conditions très difficiles. »






01 janvier 2022

« LXXX — Bonne année

Tous ces cadeaux, en temps d'étrennes, arrivent à remuer plus de tristesses que de joies. Car personne n'est assez riche pour entrer dans l'année nouvelle sans faire beaucoup d'additions ; et plus d'un gémira en secret sur les nids à poussière qu'il aura reçus des uns et des autres, et qu'il aura donnés aux uns et aux autres, pour enrichir les marchands.

LXXXI — Vœux

Tous ces souhaits et tous ces vœux, floraison de janvier, ce ne sont que des signes ; soit. Mais les signes importent beaucoup. Les hommes ont vécu pendant des siècles de siècles d'après des signes comme si tout l'univers, par les nuages, la foudre et les oiseaux, leur souhaitait bonne chasse ou mauvais voyage. Or, l'univers n'annonce qu'une certaine chose après une autre ; et l'erreur était seulement d'interpréter ce monde comme un visage qui aurait approuvé ou blâmé. Nous sommes à peu près guéris de nous demander si l'univers a une opinion, et laquelle. Mais nous ne serons jamais guéris de nous demander si nos semblables ont une opinion, et laquelle. Nous n'en serons jamais guéris, parce que cette opinion, dès qu'elle est signifiée, change profondément la nôtre. […]

Sans titre

J'en reviens à cette fête de la politesse, qui est une importante fête. Dans le temps où chacun regarde cet avenir sur carton, que le facteur nous apporte, il est très mauvais que ces semaines et ces mois, que nous ne pouvons connaître tels qu'ils seront, soient teints d'humeur chagrine. Bonne règle donc, qui veut que chacun soit bon prophète ce jour-là, que chacun élève les couleurs de l'amitié. Un pavillon au vent peut réjouir l'homme ; il ne sait pas du tout quelle était l'humeur de l'autre homme, de celui qui a hissé le pavillon. Encore bien mieux, cette joie affichée sur les visages est bonne pour tous ; et, encore mieux, de gens que je ne connais guère ; car je ne discute pas alors les signes ; je les prends comme ils sont ; c'est le mieux. Et il est profondément vrai qu'un signe joyeux dispose à la joie celui qui le lance. D'autant que par l'imitation ces signes sont renvoyés sans fin. […]

Par ce bonheur en espoir, vous serez heureux tout de suite. C'est ce que je vous souhaite. »

Alain, Propos sur le bonheur, 20 décembre 1926.



Jean Jaurès


09 décembre 2021

Pour la laïque

Extraits d’un discours (en deux temps) de Jean Jaurès (1859-1914), en cette journée de la laïcité 

Discours des 21 & 24 janvier 1910 à la tribune de la Chambre des députés.

Voir *Laïcité*




23 novembre 2021

Fermeture d'une classe préparatoire au Lycée Victor Hugo à Paris

Dans la logique des vertus du libéralisme économique, il y a la rationalisation et la baisse des coûts qu'elle exige, bien sûr. Alors on ferme des classes préparatoires (qu'on accusera d'avoir la rage, entendons d'être élitistes) comme on a supprimé des lits dans les hôpitaux. 

Une pétition ci-dessous :

Rectorat de l'académie de Paris : Non à la fermeture de l’hypokhâgne du lycée Victor Hugo (Paris) ! - Signez la pétition ! https://chng.it/T6K4gJDR via

@ChangeFrance


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09 novembre 2021

De Gaulle à Pompidou en 1962 : "Le capitalisme n'est pas acceptable dans ses conséquences sociales. Il écrase les plus humbles. Il transforme l'homme en loup pour l'homme." Cité par Julian Jackson, De Gaulle, Seuil.





07 octobre 2021


Réaction à un entretien de France Info avec le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, publié le 06/10/2021 11 :02

(texte modifié le 08/12 - post-scriptum)

Relativement au secret de la confession, il est étonnant de voir cet homme intelligent (malheureusement pour lui ?) s’obliger à rester aveugle aux conséquences possibles de ce qu’il défend, cela en revendiquant une soumission à « Dieu » dont il sait ce qu’elle peut avoir ici de particulièrement scandaleux. Qu’il le veuille ou non, il rompt ainsi avec les lois de l’humanité, celles qui fondent une république comme la nôtre et légitiment des devoirs envers elle, donc envers chaque citoyen avec lequel il prétend pourtant vivre selon des lois communes.

Un prêtre pourrait donc — il le devrait — ne pas dénoncer un acte pédophile. Il nous est donc ainsi annoncé qu’en principe, à proprement parler, la Conférence des évêques de France approuve en ce cas la désobéissance aux lois de la République et, en conséquence, ne respectera pas ses concitoyens, non seulement comme tels, mais en tant que personne.

Si l’on nous permet d’ironiser, faut-il comprendre que ce prêtre ne devrait pas dénoncer tout en s’en sentant coupable — car il ne peut ignorer qu’objectivement il se fait complice ? Devrait-il donc lui-même s’en confesser ? Pour obtenir l’absolution ? Devrait-il se sentir douloureusement, à regret, héroïque, saint, dans sa soumission à Dieu ?

Ainsi le président de la Conférence des évêques de France met le secret de la confession au-dessus de lois de la République (et de l’humanité), socle d’une société démocratique, la possibilité même de son existence. Il le met au-dessus de la confiance que cela suppose, celle d’une commune obéissance aux lois. De fait il justifie ainsi bien des désobéissances et non seulement la sienne. Toute personne ou tout groupe qui estimerait supérieure aux lois de la république telle idée, croyance ou valeur, pourrait ainsi légitimer sa désobéissance aux lois sur la seule foi d’une sacralité qui lui est propre.

Un prêtre de l’Église catholique s’accorde donc le droit de nous mentir (par omission, ce qui n’est pas en soi un moindre mal), de mentir par exemple à des parents sur le sort de leur enfant, de mentir et de laisser faire en ne dénonçant pas. Il s’en fait même un devoir.

Il est incroyable d'entendre qu'on pourrait envisager comme solution de s’en remettre à l’enfant lui-même (voire au coupable) en le portant, en confession, à dénoncer au-dehors ce qui lui arrive (ou à avouer ce qu’il fait, pour le coupable). Vouloir ainsi, à tout prix, sauver le secret de la confession conduit insidieusement à le vendre comme on vend une marchandise. Alors viennent des arguments qui n’ont même plus rien à voir avec « Dieu ».

Ainsi, nous dit-on (pour culpabiliser), en voulant supprimer le secret de la confession, on supprimerait un lieu de parole pour la victime (voire le coupable). Nous voulons bien croire que parfois, dans la confession, comme en toute situation où la parole se libère, un prêtre, selon son intelligence et sa sensibilité, son humanité, pourrait aider, assister. Mais cela ne saurait suffire ici, sans compter qu’on ne peut faire passer la confession pour l’égal d’un soin. Non seulement on peut au moins douter que l’on se confie facilement à un prêtre pour en dénoncer un autre, mais outre des procédures et des compétences connues et reconnues par l’État, cela supposerait des devoirs républicains, donc au moins, en certains cas, la fin du secret et de ses effets désastreux.

Faute de cela, cet argument se montre pour ce qu’il est : un instrument pour sauver le secret de la confession, à tout prix. Ce n’est plus la sacralité d’un serment qui est ici invoquée pour justifier ce secret, mais un argument banalement psychologique, qui prétend à l’humanité. Peu importe qu’il se montre faible, très discutable pour le bien de la victime, très insuffisant de toute façon. Il s’agit de faire feu de tout bois. Commodément, le secret de la confession en sort justifié. De casuiste à sophiste, on le sait de longue date, il peut n’y avoir qu’un pas.

Une dernière remarque : comment une commission sénatoriale a-t-elle pu accepter cela sans broncher ? sans rappeler au moins la faute commise et les risques encourus ?

Simon PERRIER 

P.-S. : Malheureusement une telle posture indique une Église catholique guère plus capable que celle des débuts du XXe siècle d’accepter et reconnaître une société laïque et ses institutions, donc la primauté de ses lois, pour qu’il y ait authentiquement société, liberté. En 1910, Jaurès disait à la Chambre des députés que « pour l’Église catholique, toutes les institutions, la patrie comme la famille, n’avaient pas et ne pouvaient pas avoir une valeur absolue, qu’elles n’avaient de valeur que dans la mesure où elles étaient conformes aux principes de l’Église elle-même »[1]. Puisque le mot est en vogue, si l'on veut trouver un exemple de séparatisme, en voilà un.


[1] Jaurès, Discours devant la Chambre des députés, 24 janvier 1910.

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07 octobre 2021

Une fois n'est pas coutume :

Télérama - Le dessin du jour de Soulcié






06 septembre 2021


Un article qu’a bien voulu publier le Blog Mezetulle :

*« Pronote » ou les ambiguïtés d’un « droit à la déconnexion » pour les professeurs*.

Il porte sur l’imbrication entre travail et vie privée, l’exigence d’une transparence, et de fait un changement de statut. S.P.







12 août 2021

Un remarquable article de Marc Daëron, immunologiste (Institut Pasteur et Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques à Paris).

Association Française pour l’Information Scientifique

« Booster » le système immunitaire ? Pas si simple… 

« Avons-nous vraiment besoin d’un vaccin anti-Covid pour en finir avec cette pandémie ? La plupart d’entre nous… » 



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Dear Friends, Colleagues, Fellow-Conradians

Following the great success of our virtual conference last year, the Joseph Conrad Society (UK) is again offering a three-day online conference this summer, on all aspects of the works of Joseph Conrad, access to which will be open to all, free of charge.

CFP: The 48th Annual International Conference of the Joseph Conrad Society (UK) 8-10 July 2021Virtual conference via Zoom meeting


22 avril 2021

Marc Ferro, né en 1924 à Paris, Marc Ferro est décédé dans la nuit du 21 avril.

Extrait ci-contre d'un entretien publié en 2013 par la revue L'Histoire



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06 avril 2021

Au bonheur des professeurs

Vous êtes professeur, vous n’êtes pas fatigué, pas malade, forcément enthousiaste, chérissant votre ministre, adulé par toute une société, surtout quand elle voit en vous son salut par la meilleure des garderies, vous voulez maintenir des cours en ligne, joindre pour cela un site officiel, une de ces ressources qu’on vous vante sans cesse, voilà ce que vous lisez (voir image ci-dessous sur les "mesures exceptionnelles").

C’est tellement bien dit, tellement logique, d’une logique imparable… Cela aurait plu à Jaroslav Hasek. Il vient un moment où il n'y a plus qu'à jouer au brave soldat Chvéïk, d'un zèle si parfait qu'il exhibe l'absurdité.

Un petit morceau de Deleuze.

« Nous connaissons tous des manières de tourner la loi par excès de zèle : c’est par une scrupuleuse application qu’on prétend alors en montrer l’absurdité, et en attendre précisément ce désordre qu’elle est censée interdire et conjurer. On prend la loi au mot, à la lettre ; on ne conteste pas son caractère ultime ou premier ; on fait comme si, en vertu de ce caractère, la loi se réservait pour soi les plaisirs qu’elle nous interdit. Dès lors, c’est à force d’observer la loi, d’épouser la loi, qu’on goûtera quelque chose de ces plaisirs. La loi n’est plus renversée ironiquement, par remontée vers un principe, mais tournée humoristiquement, obliquement, par approfondissement des conséquences. »

Deleuze, Présentation de Sacher Masoch.

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situation exceptionnelle



01 janvier 2021

L’Astronomie — vers 1635-1640

Artemisia Gentileschi et Hypatie ?

L’auteur de cette «allégorie de l’astronomie» est incertain. Alors pourquoi pas se permettre un choix. Entre deux possibilités, selon ceux qui savent, je choisis Artemisia Gentileschi (1593-1656). Sa postérité a assez souffert d’injustices pour qu'on lui attribue sans scrupule une toile de trop.

Tout aussi arbitrairement, il me paraît évident que cette femme qui a le regard tourné vers les astres et leurs mouvements, animée du désir de la connaissance, est la philosophe et mathématicienne grecque Hypatie (v. 355-370 – 415 av. J-C.). Elle avait ouvert à Alexandrie une école néoplatonicienne et mourut lapidée par une foule chrétienne. Si Artemisia Gentileschi a eu connaissance de son existence, il ne serait pas surprenant qu’elle se soit reconnue, ait reconnu une part de son histoire, dans celle d’Hypatie, dans la violence subie autant que la volonté et la liberté d’une femme de faire ce qui n’était réservé qu’aux hommes.

Même si ce n’est pas le cas, il serait juste et beau que cela soit vrai, et s’il faut user de la formule avec prudence, on pourra légitimement resservir ici la bien connue fin du film de John Ford, L’Homme qui tua Liberty Valance : « When the legend become fact, print the legend ».

Une très bonne année à toutes et à tous. S.P.

Plus d'éléments, lien Abécédaire *Hypathie & Gentileschi*

(ou par le menu déroulant)

Hypathie Gentileschi

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6 novembre 2020

Élections aux États-Unis

Exclusif : une lettre de Platon à Donald Trump

Donald,

«Le plus grave des maux qui affligent l'âme de la plupart des hommes, c'est ce mal congénital pour lequel chacun est, envers lui-même, plein d'indulgence, et auquel personne ne prend les moyens d’échapper: (e) c'est le mal qu'on appelle l'amour de soi […] Ce qui est très vrai, c'est que chacune de nos fautes en chaque occasion a pour cause un excès d’amour de soi: celui qui aime s'aveugle à l’égard de ce qu'il aime, de sorte qu'il en vient à juger de travers sur ce qui est juste, bon et beau, (a) dans la conviction que toujours son intérêt doit toujours mériter plus d'estime que le vrai! En fait, celui qui sera un grand homme, celui-là ne doit chérir ni lui-même, ni les choses qui sont siennes, mais ce qui est juste […]. Or, c’est cette même faute qui explique que tous les hommes prennent la sottise qui est la leur pour de la sagesse: d'où il suit que nous, qui, pour ainsi dire, ne savons rien, nous nous figurons savoir tout, et que, faute de nous en remettre à autrui pour faire ce dont nous n'avons pas la connaissance, (b) nous nous trompons en le faisant nous-même. Aussi tout homme doit-il éviter de s'aimer véhémentement lui-même, mais être toujours à la poursuite de celui qui vaut mieux que lui, sans chercher à se retrancher, en une pareille situation, derrière aucun sentiment de fausse honte.»

Yours for your retirement

Platon  




17 octobre 2020

L’assassinat de Samuel Paty





26 septembre 2020

"Le naufrage de la vieillesse" 

« De Gaulle parle souvent des ravages de l’âge ; Dans une conversation de 1948, il se lamente : “La vieillesse est un autre drame que la mort. La perte de la mémoire : dans tout ce qui est oubli sur la terre, il y a un peu de la mort. La mort, elle, alimente la vie sans cesse […]. Retour équitable, la vie ne cesse d’alimenter la mort !” En 1953, il note dans un carnet où il consigne de temps à autre des réflexions : “J’ai soixante-trois ans. Désormais, tout ce qui se rapporte à moi s’organise en fonction de ma mort.” »

Julian Jackson, De Gaulle, Seuil, 2019.

[Ceci est une actualité]




24 juin 2020

Intermède (léger)

À propos de fantasmes sans fondement 

Aujourd’hui j’ai appris quelque chose grâce à la newsletter du quotidien Le Monde (24/6/20) : il y a, dit-elle, au sujet de quelqu’un, « des fantasmes sans fondement ». À la lire, il y aurait donc des fantasmes fondés, rendant compte de la réalité, et des fantasmes qui n’en rendent pas compte, faute de fondement… Il y aurait donc des fantasmes qui ne sont pas des fantasmes ? Fichtre !

Allez, pas de mauvaise volonté. Ce n’est pas si difficile à comprendre. Ainsi dit par cette newsletter on apprend qu’il y a des fantasmes qui ne reposent pas sur la réalité, des rêves, des délires, produits de l'imagination. En cela, si on veut bien ne pas tout compliquer, est-il difficile de comprendre qu’il y a des fantasmes qui sont des fantasmes ! Et ce n’est pas peu ! Voilà ! Inutile d'ergoter, de jouer au pédant, à vouloir prétendre que le fantasme en lui-même suppose l'imaginaire.

…D'ailleurs ils reposent bien sur quelque chose, ils ont bien un fondement ces fantasmes, en tant que fantasmes sur cette personne ? Diantre ! J’abandonne, c’est trop compliqué. Cela m’apprendra. Mais, au moins, pas de mauvais esprit. Je le devine, d’autres vont s’abandonner à la familiarité en faisant semblant de comprendre qu’il y a des fantasmes qui n’ont pas de derrière. Vraiment pas drôle. À moins… qu’ils veuillent parler d’une pensée de derrière ? évoquer Blaise Pascal ? Ceux-là sont trop subtils, je renonce.

Ce n’est pas grave, tout le monde aura compris. Résumons donc : il y a des fantasmes qui sont des fantasmes et des fantasmes qui ne sont pas des fantasmes. Ce n’est pas plus compliqué que cela. S.P




12 avril 2020


Confinement, par Marc-Aurèle (121-180), philosophe et empereur.

Avertissement : personnes sensibles,  propriétaires d'une résidence secondaire, s'abstenir.


« On se cherche des retraites à la campagne, sur les plages, dans les montagnes. Et toi-même, tu as coutume de désirer ardemment ces lieux d'isolement. Mais tout cela est de la plus vulgaire opinion, puisque tu peux, à l'heure que tu veux, te retirer en toi-même. Nulle part, en effet, l'homme ne trouve de plus tranquille et de plus calme retraite que dans son âme, surtout s'il possède, en son for intérieur, ces notions sur lesquelles il suffit de se pencher pour acquérir aussitôt une quiétude absolue, et par quiétude, je n'entends rien autre qu'un ordre parfait.

Accorde-toi donc sans cesse cette retraite, et renouvelle-toi. Mais qu'il s'y trouve aussi de ces maximes concises et fondamentales qui, dès que tu les auras rencontrées, suffiront à te renfermer en toute ton âme et à te renvoyer, exempt d'amertume, aux occupations vers lesquelles tu retournes. Contre qui, en effet, as-tu de l'amertume ? Contre la méchanceté des hommes ? Reporte-toi à ce jugement que les êtres raisonnables sont nés les uns pour les autres, que se supporter est une partie de la justice, que les hommes pèchent involontairement, que tous ceux qui jusqu'ici se sont brouillés, soupçonnés, haïs, percés de coups de lances, sont allongés, réduits en cendres ! Calme-toi donc enfin.

Mais peut-être as-tu de l'amertume contre la part qui t’est attribuée dans l’univers ? Rappelle-toi le dilemme : ou bien providence ou bien des atomes, et par quels arguments il a été prouvé que l'univers est comme une cité.

Les choses du corps ont-elles alors fait mainmise sur toi ? Considère que la pensée ne se mêle point aux agitations douces ou violentes du souffle vital, une fois qu'elle s'est recouvrée elle-même et qu'elle a reconnu sa propre force ; et enfin rappelle-toi ce que tu as entendu et admis sur la douleur et sur le plaisir.

Mais peut-être sera-ce la gloriole qui te sollicitera ?

Jette les yeux sur le très prompt oubli dans lequel tombent toutes choses, sur le gouffre du temps qui, des deux côtés, s'ouvre à l'infini, sur la vanité du retentissement, la versatilité et l'irréflexion de ceux qui paraissent te louer, l'exiguïté du lieu où la renommée est circonscrite. La terre entière, en effet, n'est qu'un point, et quelle infime parcelle en est habitée ! Et là, combien d'hommes, et quels hommes, auront à te louer !

Il reste donc à te souvenir de la retraite que tu peux trouver dans ce petit champ de ton âme. Et, avant tout, ne te tourmente pas, ne te raidis pas; mais sois libre et regarde les choses en être viril, en homme, en citoyen, en mortel. Au nombre des plus proches maximes sur lesquelles tu te pencheras, compte ces deux: l'une, que les choses n'atteignent point l'âme, mais qu'elles restent confinées au-dehors, et que les troubles ne naissent que de la seule opinion qu'elle s'en fait. L'autre, que toutes ces choses que tu vois seront, dans la mesure où elles ne le sont point encore, transformées et ne seront plus. Et de combien de choses les transformations t'ont déjà eu pour témoin ! Songes-y constamment. «Le monde est changement, la vie, remplacement.»

Marc-Aurèle,  Pensées pour moi-même.




14 mars 2020

Coronavirus : en viendra-t-on à choisir qui sauver et qui laisser mourir ? Par Frédérique LEICHTER-FLACK, maîtresse de conférences HDR à l’Université Paris Nanterre, spécialiste d’éthique et littérature, membre du Comité d’Éthique du CNRS, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières




17 février 2020


Alerte sur l’avenir de l’enseignement de la philosophie dans la voie technologique




14 décembre 2019 

Réforme des retraites, l'ingratitude des professeurs après le discours du Premier ministre

Le Premier ministre vient d’annoncer son souci que les enseignants ne soient pas victimes de sa réforme. La solution est pour lui le changement du statut des professeurs. Un travail a déjà été engagé en ce sens par le gouvernement.

Il faut le dire, annoncer à tous que l’on ne pourra plus partir à 62 ans en retraite à taux plein, sans décote, en ayant pourtant travaillé assez longtemps pour cela, et dire aux enseignants que c’est en changeant leur statut qu’on résoudra leur problème particulier, est audacieux, sinon téméraire, voire taquin. De mauvais esprits, assurément, ont eu l’impression, forte, qu’il s’agirait de travailler plus et plus longtemps pour perdre moins. Ils n’ont pas compris le sens de ces propositions et qu'elles sont porteuses d'une compréhension profonde de leurs aspirations.

Rassurez-vous donc chers collègues : désormais il n’est plus question de vous faire passer pour des gens avides, ne voulant travailler plus que pour gagner plus, voire pour l’incarnation typique d’un "esprit de jouissance" qui va jusqu'à estimer devoir gagner plus, sans travailler plus et même en continuant d’avoir des vacances ! L’actuel gouvernement s’en voudrait de vous prêter une telle vulgarité. En cessant de manifester à l’appel de quelques éternels aigris, vous-même devriez éviter de vous rendre indignes de la grandeur d’âme qui vous est ainsi… prêtée.

Travailler plus, oui, en devenant plus que jamais multitâches, en travaillant jusqu’à 64 ans et certes en courant après quelques « primes », mais, heureusement, seulement pour ne pas gagner moins ! Votre honneur est sauf. Ainsi, en même temps, vous est offerte la possibilité d’aider à sauver la planète en regardant avec mépris l’ivresse si plébéienne du consumérisme. Enseignants, il est temps d’en finir avec les complexes et le ressentiment du déclassé. S.P.



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Publication


LA RÉPUBLIQUE EST-ELLE SOLUBLE DANS LE CARE ? À chacun selon ses besoins ?

Questions contemporaines - Actualité sociale et politique-Philosophie-Sciences politiques


Une recension du site *Les Philosophes.fr* : https://www.les-philosophes.fr/care.html


présentation (complément 4e de couverture)

Le Care, et particulièrement celui de Joan Tronto, dénonce un « républicanisme » qui cache l'injustice des conditions de vie particulières derrière le masque de l’égalité en droit. Pour lui, l'universalisme dont se revendique ce républicanisme « libéral », forge l'illusion d'une indépendance. Elle culmine dans le modèle d'un homme mondialisé et finalement soumis. Contre cela, le care propose de retrouver un lien « asymétrique » dans une sensibilité aux besoins particuliers de chacun. Ainsi dénonce-t-il une tyrannie des "experts", qui s'approprient la définition des besoins et étouffent leur expression particulière.

Pourtant, son fondement est fragile, en particulier relativement à l’idée de besoin et à la solidarité organique qu’il semble espérer, dont l’immédiateté aurait été perdue. La difficulté n’est pas mince : la même recherche d’un lien fait aujourd’hui le succès très discutable de l’empathie. Le care nous semble oublier qu’une sensibilité doit être travaillée, réfléchie, cultivée, pour être source d’un lien authentique. Elle participe alors d’une liberté, sans laquelle l’homme est insignifiant, liberté qui n’est pas cet « individualisme », et finalement égoïsme, que dénonce justement le care. Ainsi peut se tisser, en pensée et en acte, le lien vivant qui fait l'humanité et la possibilité d'une véritable société.

La publication LA RÉPUBLIQUE EST-ELLE SOLUBLE DANS LE CARE ? À chacun selon ses besoins ?


Mots clés : République – Libéral – Autonomie – indépendance – Care – Tronto – inégalités – Besoins – Experts – Empathie – Liberté – Culture – Raison – Éducation


Archives des actualités : onglet *contact*, en bas.