SITE DE SIMON PERRIER


 PHILOSOPHIE – ENSEIGNEMENT - ÉDUCATION – ÉCOLE - Éléments divers et variés. ABÉCÉDAIRE.


« Nous ne pouvons jamais attendre pour agir que nous ayons la compréhension absolument certaine de toute la situation. Nous allons seulement par le chemin dans lequel nous conduit la vraisemblance. Tout devoir (officium) doit aller par ce chemin : c’est comme cela que nous semons, que nous naviguons, que nous faisons la guerre, que nous nous marions, que nous avons des enfants. En tout cela, le résultat est incertain, mais nous nous décidons néanmoins à entreprendre les actions au sujet desquelles, nous le croyons, on peut fonder quelque espoir… Nous allons là où de bonnes raisons, et non la vérité assurée, nous entraînent. »

Sénèque, Des bienfaits, IV, 33, 2., trad. P. Hadot.



“ Je m’étais assis dans le fauteuil du haut bout de la table - le siège du capitaine, au dessus duquel était suspendu un petit compas répétiteur - rappel muet d’une vigilance incessante.

Une longue suite d’hommes s’étaient assis dans ce fauteuil. Je pris soudain conscience de cette pensée, très nettement, comme si chacun avait laissé un peu de lui-même entre ces quatre cloisons ornementées ; comme si une sorte d’âme composite, l’âme du commandement, avait soudain parlé à la mienne, tout bas, de longs jours de mer et de moments anxieux.

“Toi aussi ! semblait-elle dire, toi aussi tu goûteras à cette paix et à cette inquiétude dans une intimité attentive avec toi-même - obscur comme nous le fûmes, et tout aussi souverain face à tous les vents et à toutes les mers, dans une immensité qui n’accepte aucune empreinte, ne conserve aucun souvenir, et ne tient pas le compte des vies.”

J. Conrad, La Ligne d’ombre.


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« Une considération surtout qu’il ne faut point perdre de vue, c’est que si l’on bannit l’homme ou l’être pensant et contemplateur de dessus la surface de la terre, ce spectacle pathétique et sublime de la nature n’est plus qu’une scène triste et muette. L’univers se tait : le silence et la nuit s’en emparent. Tout se change en une vaste solitude où les phénomènes inobservés se passent d’une manière obscure et sourde. C’est la présence de l’homme qui rend l’existence des êtres intéressante. » Diderot, Encyclopédie.


« L'énigme de la philosophie est que quelquefois la vie est la même devant soi, devant les autres et devant le vrai. Ces moments-là sont ceux qui la justifient. Le philosophe ne table que sur eux. Il n'acceptera jamais de se vouloir contre les hommes, ni les hommes contre soi, ou contre le vrai, ni le vrai contre eux. »

Maurice Merleau-Ponty, Éloge de la philosophie.





ACTUALITÉS



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Dear Friends, Colleagues, Fellow-Conradians

Following the great success of our virtual conference last year, the Joseph Conrad Society (UK) is again offering a three-day online conference this summer, on all aspects of the works of Joseph Conrad, access to which will be open to all, free of charge.

CFP: The 48th Annual International Conference of the Joseph Conrad Society (UK) 8-10 July 2021Virtual conference via Zoom meeting


22 avril 2021

Marc Ferro, né en 1924 à Paris, Marc Ferro est décédé dans la nuit du 21 avril.

Extrait ci-contre d'un entretien publié en 2013 par la revue L'Histoire



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06 avril 2021

Au bonheur des professeurs

Vous êtes professeur, vous n’êtes pas fatigué, pas malade, forcément enthousiaste, chérissant votre ministre, adulé par toute une société, surtout quand elle voit en vous son salut par la meilleure des garderies, vous voulez maintenir des cours en ligne, joindre pour cela un site officiel, une de ces ressources qu’on vous vante sans cesse, voilà ce que vous lisez (voir image ci-dessous sur les "mesures exceptionnelles").

C’est tellement bien dit, tellement logique, d’une logique imparable… Cela aurait plu au brave soldat Chvéïk de Jaroslav Hasek.

Un petit morceau de Deleuze.

« Nous connaissons tous des manières de tourner la loi par excès de zèle : c’est par une scrupuleuse application qu’on prétend alors en montrer l’absurdité, et en attendre précisément ce désordre qu’elle est censée interdire et conjurer. On prend la loi au mot, à la lettre ; on ne conteste pas son caractère ultime ou premier ; on fait comme si, en vertu de ce caractère, la loi se réservait pour soi les plaisirs qu’elle nous interdit. Dès lors, c’est à force d’observer la loi, d’épouser la loi, qu’on goûtera quelque chose de ces plaisirs. La loi n’est plus renversée ironiquement, par remontée vers un principe, mais tournée humoristiquement, obliquement, par approfondissement des conséquences. »

Deleuze, Présentation de Sacher Masoch.

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situation exceptionnelle

01 janvier 2021

L’Astronomie — vers 1635-1640

Artemisia Gentileschi et Hypatie ?

L’auteur de cette «allégorie de l’astronomie» est incertain. Alors pourquoi pas se permettre un choix. Entre deux possibilités, selon ceux qui savent, je choisis Artemisia Gentileschi (1593-1656). Sa postérité a assez souffert d’injustices pour qu'on lui attribue sans scrupule une toile de trop.

Tout aussi arbitrairement, il me paraît évident que cette femme qui a le regard tourné vers les astres et leurs mouvements, animée du désir de la connaissance, est la philosophe et mathématicienne grecque Hypatie (v. 355-370 – 415 av. J-C.). Elle avait ouvert à Alexandrie une école néoplatonicienne et mourut lapidée par une foule chrétienne. Si Artemisia Gentileschi a eu connaissance de son existence, il ne serait pas surprenant qu’elle se soit reconnue, ait reconnu une part de son histoire, dans celle d’Hypatie, dans la violence subie autant que la volonté et la liberté d’une femme de faire ce qui n’était réservé qu’aux hommes.

Même si ce n’est pas le cas, il serait juste et beau que cela soit vrai, et s’il faut user de la formule avec prudence, on pourra légitimement resservir ici la bien connue fin du film de John Ford,L’Homme qui tua Liberty Valance : « When the legend become fact, print the legend ».

Une très bonne année à toutes et à tous. S.P.

Plus d'éléments, lien Abécédaire *Hypathie & Gentileschi*

(ou menu déroulant)

Hypathie Gentileschi

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6 novembre 2020

Élections aux États-Unis

Exclusif : une lettre de Platon à Donald Trump

Donald,

«Le plus grave des maux qui affligent l'âme de la plupart des hommes, c'est ce mal congénital pour lequel chacun est, envers lui-même, plein d'indulgence, et auquel personne ne prend les moyens d’échapper: (e) c'est le mal qu'on appelle l'amour de soi […] Ce qui est très vrai, c'est que chacune de nos fautes en chaque occasion a pour cause un excès d’amour de soi: celui qui aime s'aveugle à l’égard de ce qu'il aime, de sorte qu'il en vient à juger de travers sur ce qui est juste, bon et beau, (a) dans la conviction que toujours son intérêt doit toujours mériter plus d'estime que le vrai! En fait, celui qui sera un grand homme, celui-là ne doit chérir ni lui-même, ni les choses qui sont siennes, mais ce qui est juste […]. Or, c’est cette même faute qui explique que tous les hommes prennent la sottise qui est la leur pour de la sagesse: d'où il suit que nous, qui, pour ainsi dire, ne savons rien, nous nous figurons savoir tout, et que, faute de nous en remettre à autrui pour faire ce dont nous n'avons pas la connaissance, (b) nous nous trompons en le faisant nous-même. Aussi tout homme doit-il éviter de s'aimer véhémentement lui-même, mais être toujours à la poursuite de celui qui vaut mieux que lui, sans chercher à se retrancher, en une pareille situation, derrière aucun sentiment de fausse honte.»

Yours for your retirement

Platon  




31 octobre 2020

Il faut ouvrir les librairies

Le lieu est en général des plus faciles à organiser et des moins à risque.

Tribune du Monde

Pétition du Syndicat de la Librairie Française 


« C’est qu’il y a ici autre chose qui ne peut point mourir. J’attends toujours de voir, aux vitrines de librairie, les cinq volumes de Consuelo enfin dans leur gloire. Alors, j’en suis assuré, même les plus aigres feront justice à une grande âme. On lira ce livre comme on va écouter les Préludes [de Chopin]. […] George Sand, de sa vie, médiocre, déformée, manquée comme est toute vie, a pu former cette Consuelo, modèle unique où toute femme trouvera de quoi imiter*, tout homme de comprendre et aimer toute femme. Car tout être a de beaux moments ; si cela n’était pas, qui donc courrait aux grandes œuvres ? Et, selon mon opinion, toute vie humaine s’élance au-dessus d’elle-même… » Alain, Propos de littérature.

* Ici imiter n’est pas copier, reproduire passivement, mais tenter de s’approcher, s’approprier, de s'imprégner, de transposer et de se grandir, d’une manière ou d’une autre, de gagner en intelligence sensible.




17 octobre 2020

L’assassinat de Samuel Paty





26 septembre 2020

"Le naufrage de la vieillesse" 

« De Gaulle parle souvent des ravages de l’âge ; Dans une conversation de 1948, il se lamente : “La vieillesse est un autre drame que la mort. La perte de la mémoire : dans tout ce qui est oubli sur la terre, il y a un peu de la mort. La mort, elle, alimente la vie sans cesse […]. Retour équitable, la vie ne cesse d’alimenter la mort !” En 1953, il note dans un carnet où il consigne de temps à autre des réflexions : “J’ai soixante-trois ans. Désormais, tout ce qui se rapporte à moi s’organise en fonction de ma mort.” »

Julian Jackson, De Gaulle, Seuil, 2019.

[Ceci est une actualité]




24 juin 2020

Intermède (léger)

À propos de fantasmes sans fondement 

Aujourd’hui j’ai appris quelque chose grâce à la newsletter d’un quotidien (24/6/20) : il y a, dit-elle, au sujet de quelqu’un, « des fantasmes sans fondement ». À la lire, il y aurait donc des fantasmes fondés, rendant compte de la réalité, et des fantasmes qui n’en rendent pas compte, faute de fondement… Il y aurait donc des fantasmes qui ne sont pas des fantasmes ? Fichtre !

Allez, pas de mauvaise volonté. Ce n’est pas si difficile à comprendre. Ainsi dit par cette newsletter on apprend qu’il y a des fantasmes qui ne reposent pas sur la réalité, des rêves, des délires, produits de l'imagination. En cela, si on veut bien ne pas tout compliquer, est-il difficile de comprendre qu’il y a des fantasmes qui sont des fantasmes ! Et ce n’est pas peu ! Voilà ! Inutile d'ergoter. Bigre !

…Mais ils reposent bien sur quelque chose, ils ont bien un fondement ces fantasmes, en tant que fantasmes sur cette personne ? Diantre ! J’abandonne, c’est trop compliqué. Cela m’apprendra. Mais, au moins, pas de mauvais esprit. Je le devine, d’autres vont s’abandonner à la familiarité en faisant semblant de comprendre qu’il y a des fantasmes qui n’ont pas de derrière. Vraiment pas drôle. À moins… qu’ils veuillent parler d’une pensée de derrière ? évoquer Blaise Pascal ? Ceux-là sont trop subtils, je renonce.

Ce n’est pas grave, tout le monde aura compris. Résumons donc : il y a des fantasmes qui sont des fantasmes et des fantasmes qui ne sont pas des fantasmes. Ce n’est pas plus compliqué que cela. S.P




12 avril 2020


Confinement, par Marc-Aurèle (121-180), philosophe et empereur.

« On se cherche des retraites à la campagne, sur les plages, dans les montagnes. Et toi-même, tu as coutume de désirer ardemment ces lieux d'isolement. Mais tout cela est de la plus vulgaire opinion, puisque tu peux, à l'heure que tu veux, te retirer en toi-même. Nulle part, en effet, l'homme ne trouve de plus tranquille et de plus calme retraite que dans son âme, surtout s'il possède, en son for intérieur, ces notions sur lesquelles il suffit de se pencher pour acquérir aussitôt une quiétude absolue, et par quiétude, je n'entends rien autre qu'un ordre parfait.

Accorde-toi donc sans cesse cette retraite, et renouvelle-toi. Mais qu'il s'y trouve aussi de ces maximes concises et fondamentales qui, dès que tu les auras rencontrées, suffiront à te renfermer en toute ton âme et à te renvoyer, exempt d'amertume, aux occupations vers lesquelles tu retournes. Contre qui, en effet, as-tu de l'amertume ? Contre la méchanceté des hommes ? Reporte-toi à ce jugement que les êtres raisonnables sont nés les uns pour les autres, que se supporter est une partie de la justice, que les hommes pèchent involontairement, que tous ceux qui jusqu'ici se sont brouillés, soupçonnés, haïs, percés de coups de lances, sont allongés, réduits en cendres ! Calme-toi donc enfin.

Mais peut-être as-tu de l'amertume contre la part qui t’est attribuée dans l’univers ? Rappelle-toi le dilemme : ou bien providence ou bien des atomes, et par quels arguments il a été prouvé que l'univers est comme une cité.

Les choses du corps ont-elles alors fait mainmise sur toi ? Considère que la pensée ne se mêle point aux agitations douces ou violentes du souffle vital, une fois qu'elle s'est recouvrée elle-même et qu'elle a reconnu sa propre force ; et enfin rappelle-toi ce que tu as entendu et admis sur la douleur et sur le plaisir.

Mais peut-être sera-ce la gloriole qui te sollicitera ?

Jette les yeux sur le très prompt oubli dans lequel tombent toutes choses, sur le gouffre du temps qui, des deux côtés, s'ouvre à l'infini, sur la vanité du retentissement, la versatilité et l'irréflexion de ceux qui paraissent te louer, l'exiguïté du lieu où la renommée est circonscrite. La terre entière, en effet, n'est qu'un point, et quelle infime parcelle en est habitée ! Et là, combien d'hommes, et quels hommes, auront à te louer !

Il reste donc à te souvenir de la retraite que tu peux trouver dans ce petit champ de ton âme. Et, avant tout, ne te tourmente pas, ne te raidis pas; mais sois libre et regarde les choses en être viril, en homme, en citoyen, en mortel. Au nombre des plus proches maximes sur lesquelles tu te pencheras, compte ces deux: l'une, que les choses n'atteignent point l'âme, mais qu'elles restent confinées au-dehors, et que les troubles ne naissent que de la seule opinion qu'elle s'en fait. L'autre, que toutes ces choses que tu vois seront, dans la mesure où elles ne le sont point encore, transformées et ne seront plus. Et de combien de choses les transformations t'ont déjà eu pour témoin ! Songes-y constamment. «Le monde est changement, la vie, remplacement.»

Marc-Aurèle,  Pensées pour moi-même.




14 mars 2020

Coronavirus : en viendra-t-on à choisir qui sauver et qui laisser mourir ? Par Frédérique LEICHTER-FLACK, maîtresse de conférences HDR à l’Université Paris Nanterre, spécialiste d’éthique et littérature, membre du Comité d’Éthique du CNRS, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières




17 février 2020


Alerte sur l’avenir de l’enseignement de la philosophie dans la voie technologique




27 décembre 2019 

Quel réveillon pour le philosophe ?

Le philosophe et les « fêtes » : Sénèque et le nouvel an.

Que va faire l’aspirant à la sagesse au moment des fêtes ?

C’est la question que Sénèque (4 avant J.-C.-65 après J.-C.) pose dans les Lettres à Lucilius. On pourrait dire qu’on s’en fiche, que ce n’est vraiment pas le moment, que les philosophes devraient s’arrêter de vouloir réfléchir et pour une fois avoir le bon goût d’en finir avec leur « sagesse ». Un peu de relâchement leur ferait du bien. Mais ce n’est pas le point de vue de Sénèque. Ces festivités romaines l’ennuient comme on peut s'ennuyer dans ce que d'autres considèrent comme une fête.

Faire la fête, l'expression peut désigner tout et n'importe quoi. Si Sénèque interroge son correspondant, c’est que le festif  pour ce qu'on appelle un  fêtard est sans limite, tend à la démesure, à la débauche, aux orgies. Il ne s’agit pas pour Sénèque de vouloir donner une leçon, d’afficher son mépris, simplement de savoir ce qu’il peut faire, ce qu’on peut faire, au plus juste, face à cet emballement de foules entières où le philosophe risque plus que jamais de se sentir en marge, n’éprouvant pas la même joie qu’eux à ces défoulements, voire de passer pour un pisse-froid, un snob, incapable de se laisser aller. Pourtant ces “fêtes” deviennent normatives, contraignantes et comme une obligation, dans la forme même qu’elles sont censées prendre. Assurément Sénèque aurait davantage aimé entendre Épictète, autre stoïcien, dire que le monde est une fête, en un tout autre sens que celui du fêtard.


« 1 — C’est le mois de décembre : plus que jamais la cité transpire : droit général à la débauche a été accordé ; tout résonne d’énormes préparatifs comme s’il y avait quelque différence entre les Saturnales* et les jours ouvrables ! Il n’en reste à ce point aucune qu’il ne me paraît guère avoir fait d’erreur celui qui a dit qu’autrefois décembre durait un mois, maintenant une année !

2 — Si je t’avais à mes côtés, j’aimerais m’entretenir avec toi sur ce que tu estimes devoir faire : faut-il ne rien changer à nos habitudes quotidiennes ou bien, pour ne pas avoir l’air en dissidence avec les mœurs générales, faut-il dîner avec plus de gaieté et dépouiller la toge ? Car, comme on ne le faisait qu’en cas de mobilisation et dans une triste période pour la cité, nous avons changé de costume**, pour le plaisir et des jours de fête.

3 — Si je te connais bien, assumant le rôle d’arbitre, tu ne nous aurais voulus ni tout à fait semblables à la foule en bonnets*** ni tout à fait dissemblables ; à moins que par hasard, en ces jours surtout, il ne faille commander à son âme d’être seule à s’abstenir des plaisirs au moment où la foule entière se vautre en eux ; elle se donne la preuve la plus sûre, en effet, de sa fermeté, si elle ne va ni ne se laisse emmener vers les caresses et les attraits de la débauche.

4 — S’il y a bien plus de courage, quand le peuple est ivre et vomissant, à rester sec et sobre, il y a plus de tempérance à ne pas se mettre à l’écart et, sans se faire remarquer ni se confondre avec tous, à faire la même chose mais pas dans la même mesure ; il est permis, en effet, de passer un jour de fête sans débauche.

5 — Du reste, je suis si décidé à éprouver la fermeté de ton âme que, inspiré par un précepte des grands hommes, je te prescris aussi de placer à intervalle quelques jours où, te contentant de manger très peu et très pauvrement, de te vêtir d’une étoffe grossière et rêche, tu puisses te dire : « Voilà ce que l’on craignait ? »

Sénèque, Lettres à Lucilius, 18, extrait. G-F.

* Fêtes du solstice d’hiver, en l’honneur de Saturne. À la façon du carnaval médiéval, ces jours-là, tout était permis et l’autorité renversée : les esclaves se faisaient servir par leurs maîtres et pouvaient impunément se moquer d’eux. Les réjouissances (dîners, échange de cadeaux…) se déroulaient dans la plus grande licence.

** Jeu de mots probablement : « changer de costume » signifie ordinairement prendre des vêtements de deuil.

*** Lors des Saturnales, on portait volontiers le bonnet - en signe de liberté - dont on coiffait les esclaves lors de leur affranchissement.




14 décembre 2019 

Réforme des retraites, l'ingratitude des professeurs après le discours du Premier ministre

Le Premier ministre vient d’annoncer son souci que les enseignants ne soient pas victimes de sa réforme. La solution est pour lui le changement du statut des professeurs. Un travail a déjà été engagé en ce sens par le gouvernement.

Il faut le dire, annoncer à tous que l’on ne pourra plus partir à 62 ans en retraite à taux plein, sans décote, en ayant pourtant travaillé assez longtemps pour cela, et dire aux enseignants que c’est en changeant leur statut qu’on résoudra leur problème particulier, est audacieux, sinon téméraire, voire taquin. De mauvais esprits, assurément, ont eu l’impression, forte, qu’il s’agirait de travailler plus et plus longtemps pour perdre moins. Ils n’ont pas compris le sens de ces propositions et qu'elles sont porteuses d'une compréhension profonde de leurs aspirations.

Rassurez-vous donc chers collègues : désormais il n’est plus question de vous faire passer pour des gens avides, ne voulant travailler plus que pour gagner plus, voire pour l’incarnation typique d’un "esprit de jouissance" qui va jusqu'à estimer devoir gagner plus, sans travailler plus et même en continuant d’avoir des vacances ! L’actuel gouvernement s’en voudrait de vous prêter une telle vulgarité. En cessant de manifester à l’appel de quelques éternels aigris, vous-même devriez éviter de vous rendre indignes de la grandeur d’âme qui vous est ainsi… prêtée.

Travailler plus, oui, en devenant plus que jamais multitâches, en travaillant jusqu’à 64 ans et certes en courant après quelques « primes », mais, heureusement, seulement pour ne pas gagner moins ! Votre honneur est sauf. Ainsi, en même temps, vous est offerte la possibilité d’aider à sauver la planète en regardant avec mépris l’ivresse si plébéienne du consumérisme. Enseignants, il est temps d’en finir avec les complexes et le ressentiment du déclassé. S.P.



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Publication


LA RÉPUBLIQUE EST-ELLE SOLUBLE DANS LE CARE ? À chacun selon ses besoins ?

Questions contemporaines - Actualité sociale et politique-Philosophie-Sciences politiques


Une recension du site *Les Philosophes.fr* : https://www.les-philosophes.fr/care.html


présentation (complément 4e de couverture)

Le Care, et particulièrement celui de Joan Tronto, dénonce un « républicanisme » qui cache l'injustice des conditions de vie particulières derrière le masque de l’égalité en droit. Pour lui, l'universalisme dont se revendique ce républicanisme « libéral », forge l'illusion d'une indépendance. Elle culmine dans le modèle d'un homme mondialisé et finalement soumis. Contre cela, le care propose de retrouver un lien « asymétrique » dans une sensibilité aux besoins particuliers de chacun. Ainsi dénonce-t-il une tyrannie des "experts", qui s'approprient la définition des besoins et étouffent leur expression particulière.

Pourtant, son fondement est fragile, en particulier relativement à l’idée de besoin et à la solidarité organique qu’il semble espérer, dont l’immédiateté aurait été perdue. La difficulté n’est pas mince : la même recherche d’un lien fait aujourd’hui le succès très discutable de l’empathie. Le care nous semble oublier qu’une sensibilité doit être travaillée, réfléchie, cultivée, pour être source d’un lien authentique. Elle participe alors d’une liberté, sans laquelle l’homme est insignifiant, liberté qui n’est pas cet « individualisme », et finalement égoïsme, que dénonce justement le care. Ainsi peut se tisser, en pensée et en acte, le lien vivant qui fait l'humanité et la possibilité d'une véritable société.

La publication LA RÉPUBLIQUE EST-ELLE SOLUBLE DANS LE CARE ? À chacun selon ses besoins ?


Mots clés : République – Libéral – Autonomie – indépendance – Care – Tronto – inégalités – Besoins – Experts – Empathie – Liberté – Culture – Raison – Éducation

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